Lors de l'affaire des caricatures de Mahomet, vous avez pu constater comme l'Eglise catholique (ou devrais-je dire les Eglises) s'est "associée" avec d'autres organisations musulmanes fort peu républiques pour condamner la parution de ces dessins. Ainsi, Mgr Lalanne, Président de la Conférence des Evêques de France a lors d'une chronique radio sur RCF appelé au "profond respect des convictions religieuses essentiel dans une démocratie", précisant que si la liberté d'expression est une valeur fondamentale, il ne fallait pas pour autant "heurter la sensibilité des croyants".
Le Vatican s'est également mis dans la partie, je vous livre, à ce titre, un extrait de l'allocution de Mgr Francesco Follo, Obervateur permanent du Saint-Siège auprès de l’UNESCO lors du conseil exécutif de l’UNESCO, le 12 avril dernier:
"C’est pourquoi, aujourd’hui j’aimerais revenir sur un thème essentiel et sous-jacent à tout ce que nous venons de vivre avec la crise des caricatures, celui du respect de la dignité de l’homme. Comme l’ont souligné le Concile Vatican II, en particulier la Déclaration « Dignitatis humanae » (7 décembre 1965) ainsi que les Papes Paul VI et Jean Paul II et le Saint Père Benoît XVI, les racines de la liberté résident dans la dignité singulière de l’homme (4 décembre 2005)
Le sens de notre travail est de mettre en œuvre toutes nos ressources pour que cette dignité soit reconnue, vécue, promue et respectée. Mais il importerait de reconnaître aussi le caractère sacré de cette dignité.En effet, la liberté, si souvent invoquée durant la crise liée aux caricatures ne doit pas être sacralisée en oubliant la dignité de la personne. Parlant des réactions pourtant équilibrées de l’Eglise catholique pendant ladite crise, certains esprits critiques ont osé parler d’une « coalition d’intérêts » entre religions. Il ne s’agit pas d’intérêts mais tout simplement de la défense de la dignité et de la liberté de la personne, tant de s’exprimer que de croire. Or, cette thèse du respect, de la défense et de la promotion de la dignité humaine se trouve confronté à la question de la liberté et de la justice. Lorsque la liberté d’expression n’est pas limitée par la norme du respect de la dignité de la personne, la justice apparaît souvent comme le seul recours. Et la justice sans la liberté est une justice formelle, celle des totalitarismes et des dictatures de tout genre. Il est donc essentiel d’œuvrer en faveur de la liberté et de la justice afin de les garantir à tous .En effet, l’homme qui n’est pas libre ; l’homme privé de justice, est un homme aussi mutilé que l’homme réduit à la réalité biologique de son corps. Ici encore, toute une dimension de son être, qu’il faut bien appeler spirituelle, se trouve niée."
En somme, il aurait fallu censurer ces dessins au nom de la dignité humaine, la nouvelle arme de destruction massive des religions ! Et il fut un temps où cette idée de dignité humaine a permis d'émanciper l'homme et de fonder l'existence des droits de l'homme...
Petite parenthèse: Pour une critique du concept de dignité humaine, je vous renvoie au livre de Ruwen OGIEN, "la morale a-t-elle encore un avenir?", édité par Pleins Feux, et dans lequel l'auteur se livre à une attaque en règle contre ce concept de dignité humaine devenu le refuge du conservatisme politique, et des autorités religieuses:
Petit extrait: "Or, la notion de dignité humaine permet à la religion et à la métaphysique de revenir dans le débat public sous les habits laïques (...) Par ailleurs, alors que la dignité humaine doit servir à fonder des droits, dans les faits, elle sert à les remettre en cause. C'est au nom de la dignité humaine qu'est contesté le droit de chosir librement le genre de vie qu'on souhaite mener, ce qu'on veut faire de sa vie et de son corps (droit qui inclut celui d'avorter)".
La dignité humaine saurait-elle justifier le retour du délit de blasphème, disparu en France depuis 1789 ???
Au fond, rien de nouveau, me direz vous, sauf que le journal Studi Cattolici proche de l'Opus Dei (rappelons que le fondateur de l'Opus Dei, Josémaria Escriva de Balaguer, canonisé par Jean Paul II, était très "proche" de Franco; cette secte vaticane était aussi très présente au Chili sous le régime de Pinochet; malgré le retour de la démocratie, elle garde encore une influence non négligeable), a, dans son édition du mois de mars, publié une caricature de Mahomet dont je vous livre la légende.
Au bord du précipice, sont réunis les poètes italiens, Dante Alighéri et Virgile, tout deux encerclés par les flammes:
-"Celui qui est coup" en deux, n'est-ce pas Mahomet?"demande Virgile à Dante.
-"Oui, et il est coupé en deux parce qu'il a apporté la division dans la société", lui répond Dante.
Si je comprends bien, Mahomet est "subtilement" comparé au diable, ce qui, en toute objectivité, devrait "heurter la sensibilité des croyants".
Evidemment, ce dessin a provoqué une polémique en Italie, des associations musulmanes sont montées au créneau, mais pas d'ambassades vandalisées, pas de manifestation hostile dans les pays arabo-musulmans, si ce n'est que l'Opus Dei s'est rapidement désolidarisée de sa revue dans un communiqué de presse...
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