A l'heure de la construction européenne, l'époque où les papes faisaient et défaisaient les empereurs peut sembler bien lointaine et pourtant rien n'est moins sûr.
En surfant sur le site de Rue89, j'ai pu constater que le Vatican n'a toujours pas abondonné ses ambitions totalitaires pour l'Europe. Alors que les médias se focalisent sur le cas polonais, il se trame des choses bien inquiétantes en Slovaquie que le site d'information qualifie de "cheval de troie du Vatican".
En effet, le Vatican, après de longues années de lobbying, est en passe de détruire les concepts de libertés fondamentales et de pluralisme en Slovaquie en faisant pression sur le gouvernement du pays pour introduire dans sa législation la clause dite de conscience.
Cette clause permettrait à tout citoyen de "refuser d’agir d’une façon que sa conscience juge contraire à l’enseignement de la foi et de la morale". Bien l'avortement, la contraception ainsi que l'euthanasie sont en première ligne. Mais cela va plus loin, dans la mesure où cela implique qu'un citoyen slovaque pourrait refuser l'application de la loi au motif qu'elle serait contraire aux "fatwas" du Vatican: "les salariés seraient libres de refuser de travailler le dimanche; les enseignants de ne pas parler de la théorie darwinienne de l’évolution dans leurs classes et les maires de ne pas célébrer des unions homosexuelles", voire de ne pas reconnaître les couples de concubins etc.
Ainsi, en Slovaquie, la loi divine primerait sur la loi civile; cela grâce à un subtile tour de passe-passe fondé sur le principe de tolérance et de soi-disant respect des croyances. En somme, pour exercer ma liberté de conscience, je dois abolir la vôtre! Tel est le message du Vatican.
Cette information est intéressante à mettre en perspective avec la critique de l'Islam opérée par le Pape dans son désormais célébre discours de Ratisbone. Le Pontife, non sans raison il est vrai, reprochait à l'Islam d'être une religion fermée au concept de raison. Or, par cette clause de conscience, n'est-ce pas justement emprunter les méthodes de raisonnement des intégristes musulmans qui eux souhaitent précisement instaurer des législations d'exception au sein des démocraties européennes.
Si le gouvernement slovaque devait adopter cette législation d'exception, elle se mettrait surtout en porta faut avec ses engagements européens. Pour rappel, la Slovénie est membre de l'Union Européenne depuis le 1er janvier 2004; elle se donc doit de garantir à ses citoyens le respect des libertés fondamentales et l'absence de toute discrimination, cela sous peine de sanctions.
Ce cas slovaque serait ainsi l'occasion de démontrer que l'Europe est un peu plus qu'une simple zone de libre échange, à savoir une communauté de valeurs fondée sur le pluralisme et la démocratie. L'Autriche a été sanctionnée pour moins que cela.
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