
Communautarisme et concordat : Madame Alliot-Marie montre la voie
par Robert Albarèdes
Il semble que soit passé inaperçu le discours prononcé par Madame le Ministre de l’Intérieur, le 10 octobre dernier, à la grande mosquée de Paris, devant tous les dignitaires réunis, lors du repas de rupture du jeûne du ramadan ( cérémonie à laquelle se sont précipités, tour à tour, le premier ministre et le maire de Paris, oubliant, de fait, la séparation historique des églises et de l’Etat) .
Je n’ai, pour ma part, lu aucune réaction à ce texte émanant des milieux politiques qui se targuent de « Laïcité », ni des associations, comités et autres structures prétendant défendre le fondement laïque de notre République. Je n’ai pas davantage entendu les protestations de tous ceux qui s’affirment défenseurs de la Loi de 1905 et du principe essentiel de la séparation des églises et de l’Etat… de tous ceux qui refusent dans notre espace politique et social le retour de toutes les « églises » comme l’émergence de toute forme de communautarisme…Mais peut-être ai-je été négligent, aveugle ou sourd… Mais peut-être ceux qui voulaient réagir ont-ils eu peur d’être accusés « d’ultra-laïcisme »…
Toujours est –il que, conformément au principe populaire qu’il n’est jamais trop tard pour bien faire, il convient aujourd’hui de réagir (et d’appeler à l’action tous ceux qui sont attachés au socle laïque de notre République) devant ce qui apparaît, dans ce texte, comme un appel à la déstructuration communautariste de notre espace sociétal et à la mise en place d’un nouveau concordat pour « gérer » les rapports entre les églises et l’Etat .
Excessif ? Voire …
Une simple lecture de ce discours permet de se rendre compte que Madame la Ministre s’adresse aux « musulmans » en tant que membres d’une « communauté » - ce qui contredit un principe essentiel de notre République laïque- faisant partie d’une autre communauté plus grande appelée « nationale » : ce qui détruit l’unité républicaine où il n’y a que des citoyens à égalité de droits et de devoirs, et envisage notre espace public comme un ensemble de groupes autonomes isolés les uns des autres et s’enfermant dans le cercle général de l’espace national.
Comme le texte fourmille de références à la tradition, aux promesses , aux espérances portées par un islam qui serait « de France » , on est en droit de se demander – sans que le texte ne nous éclaire sur ce point- si les conséquences de « ces traditions, promesses et espérances » musulmanes vont aller jusqu’à s’imposer à la loi générale démocratiquement élaborée par tous les citoyens …Le flou, ici, est lourd de significations !
D’autant que l’appartenance communautaire pourrait se voir confirmée jusqu’après la mort, puisqu’il est question d’espaces « confessionnels musulmans » dans les cimetières …qui seront ainsi appelés à devenir des mosaïques idéologiques et religieuses aux carrés séparés de manière étanche avant qu’une religion plus puissante et plus agressive (mais c’est, peut-être, un pléonasme) n’en chasse les « impies »…
Le péril du communautarisme triomphant –religieux, sexuel ou autre-, largement véhiculé par le discours quotidien des média dominants, nous guette d’autant plus que beaucoup, en France, rêvent d’une société à l’anglo-saxonne, et que le futur « mini-traité européen » (qui est tout, sauf « mini ») ne manquera pas de l’organiser tout au long du processus de déliquescence politique et sociale des espaces nationaux. La disparition de la « Nation », voulue par le libéralisme économique comme par les « aboyeurs » de la gauche « révolutionnaire » et bien-pensante est à l’ordre du jour..
Mais le texte de Madame la ministre de l’Intérieur est encore plus dangereux quand on l’examine du point de vue de ce qui fonde notre République :
« La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte » ( Loi de 1905 – Article 2).
Or, la trame du discours est un effacement pur et simple de cet article essentiel : la référence qui y est faite aux conclusions de la commission « Machelon » (oubliées pendant la campagne électorale mais bien au chaud dans les ministères) en témoigne.
En fait, c’est à un véritable concordat organisant les rapports entre l’islam et l’Etat que madame Alliot-Marie en appelle , demandant « la mise en œuvre d’une politique publique ambitieuse au profit du culte musulman », « un engagement fort de l’Etat » pour donner tous les moyens à « l’islam de France », affirmant la présence de l’Etat « pour conforter le CFCM, répondre à ses sollicitations, lui donner les moyens de ses ambitions »…Mais, insatisfaite, elle renchérit : « je soutiens (financièrement : 1 000 000 d’euros pour commencer !) et accompagne (par la mise à disposition de fonctionnaires et de locaux publics) la mise en place de la fondation pour les œuvres de l’islam », fondation destinée à financer le CFCM et à assurer la construction des mosquées un peu partout (un schéma directeur doit être , sur ce point, élaboré…)
Ne serait-ce pas assez ? Voilà que la ministre, insatiable, s’engage à assurer la formation publique des imans « au sein d’établissements universitaires » , se propose de faire réfléchir ( et de légiférer ?...) sur la place des religions dans un « Etat de droit » …Les citations les plus remarquables ne peuvent remplacer la lecture du texte (www.interieur.gouv.fr ) mais elles permettent de comprendre la direction tracée : celle d’une insertion politique de la religion musulmane par l’intermédiaire d’un concordat qui lui reconnaîtra sa spécificité et lui laissera l’autonomie de ses pratiques, coutumes et lois en contrepartie de prêches « modérés » tout en l’assurant de différents accès à la ressource publique . Bref : utiliser la pseudo-religion des pauvres (et la sympathie malsaine tissée autour d’elle par une « camerilla » bien pensante et humanitariste) pour détruire le loi de 1905. Ceux qui prétendent défendre la « pureté laïque » en se gardant de tout « ultra-laïcisme » devrait songer à cela !
Ne nous méprenons pas cependant. Ce discours pro-musulman, destiné à capter une tranche de français représentant à peine 4 % de la population (et encore , tous ceux qui ont ou ont eu des liens avec cette religion et cette culture ne pratiquent pas forcément) est plus dangereux encore par ce qu’il cache : le retour des religions (et surtout de la religion vaticane dominante) dans l’espace public européen , dans notre espace public. Car tout ce qui sera concédé à l’islam devra être concédé à toutes les religions, puis à toutes les « églises » secondaires, puis à toutes les idéologies religieuses ou non… Et dans une France ( et une Europe) dominée (s) par la religion du « Vatican », c’est celle-ci qui « raflera la mise ».
Faut-il rappeler ici le rôle permanent (et efficace) joué auprès de la Commission Européenne par les « 125 Eglises » membres de la « Conférence des Eglises d’Europe » et par la « Commission des Episcopats de la Communauté Européenne » (COMECE) ? (voir www.laic.fr) .
Il n’est plus très loin maintenant le temps où les églises reprendront en mains – directement, indirectement ou par des structures parallèles- les systèmes éducatif, de santé, de solidarité sociale …tandis que leurs réseaux divers imposeront les modes de penser, de dire, d’analyser, de critiquer, de se moquer, d’aimer, et leurs prélats diront le bien et le mal, le juste et l’injuste, le « pur » et « l’impur ».
Pure spéculation… ?
A voir les défenseurs de l’espace politique et social laïque de notre République s’agiter dans leur pré carré respectif rivés à leurs certitudes intangibles, plus enclins aux oukases qu’à l’analyse en commun ,à la compréhension du réel, à l’action, on ne peut qu’être inquiet…
A observer les initiatives, comportements, décisions des politiques représentant la Nation et incarnant la République, on ne peut que frémir…
A entendre les gémissements des adeptes de la repentance et de l’autoflagellation historique, les vociférations des humanitaristes prêtant main forte aux partisans de la libre circulation de la main d’œuvre, les discours complaisants devant tout ce qui viole la loi générale pour imposer une loi particulière, on ne peut que s’alarmer .
Robert Albarèdes
www.laic.fr
Cf La croix, édition du 2 octobre 2007: "Sarkozy à la grande mosquée de Paris: "l'islam de France avance"
Eh oui, l'Islam de France avance... grâce à l'Institut Catholique de Paris qui sera chargé de former les futurs imams aux principes républicains. Cherchez l'erreur... A croire que le CFCM, que le Président Nicolas Sarkozy qualifie de facteur d'intégration et d'apaisement, serait incapable de former ses imams au respect de la laïcité Républicaine!
Néanmoins, l'initiative de l'Institut Catholique de Paris n'a pas été sans provoquer quelques remous chez les clercs musulmans et notamment du côté de la vitrine française des Frères Musulman, à savoir l'UOIF qui souhaite "un cadre pédagogique neutre". Un cadre laïc donc ? (Le Monde, 9 octobre 2007)
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