Le patrie du wahhabisme et de Ben Ladden serait-elle en train de faire sa révolution des lumières? L'Arabie Saoudite affiche désormais son ambition de créer une université de niveau mondial. C'est là une véritable révolution pour un pays dont l'enseignement scolaire se limite à la seule étude du Coran.
Mais heureusement, la pureté islamique sera sauve. Pas question d'enseigner la littérature la psychologie ou l'histoire des infidèles, puisque cette université abritera des instituts de recherche concernant "l'énergie et l'environnement, les biosciences ou les sciences de la matière avec l'ingénierie, les mathématiques appliquées et l'informatique" (Le Figaro, 9 juin 2007).
On croyait l'affaire Salman Rushdie éteinte depuis que le gouvernement Iranien avait décidé, il y a quelques années, de retirer son soutien à la fatwa lancée contre l'écrivain britannique.
Le recent annoblissement de Salman Rushdie (devenu Sir Rushdie) par la Reine Elisabeth II visant à récompenser une brillante carrière littéraire semble avoir relancé la polémique au point de provoquer une crise diplomatique entre la Grande Bretagne et le Pakistan.
Il est reproché à l'écrivain d'avoir "insulté et diffamé les musulmans" dans son ouvrage "les versets sataniques". Dans cette perspective, il conviendrait que la Grande Bretagne lui retire son titre pour ne plus heurter la "sensibilité des musulmans". Mieux encore, l'Iran avait été jusqu'à évoquer voir dans cette nomination un acte d'islamophobie...
Mais entre deux protestations officielles, la violence n'est jamais très loin; le naturel reprend vite le gallop, puisque le ministre pakistanais des affaires religieuses, Ijaz Ul-Haq, a déclaré que si Londres ne revenait pas sur sa décision, il serait "juste" de "faire exploser une bombe sur son corps". Il vient également d'ajouter que l'annoblissement de l'écrivain britannique justifierait d'éventuels attentats terroristes... (La Croix, édition du 19 juin 2007).
En réalité, la sensibilité des musulmans ne serait-elle plutôt heurtée par cette déclaration de ce ministre pakistanais, d'autant qu'en matière de fatwa, les ministres pakistanais (surtout pakistanaises) ne sont pas à l'abri (Le Figaro, 12 avril 2007).
Au fond, on retombe sur le fameux dilemme de l'oeuf et de la poule. La violence islamiste serait-elle consubstantielle à l'Islam radical ou serait-elle la conséquence d'une sensibilité froissée par de méchants occidentaux islamophobe ? Il ne viendrait pas à l'idée des autorités pakistanaises ou iraniennes que la violence de leurs propos risque de légitimer les comportements islamophobes et non sans raison (à ne surtout pas confondre avec le racisme); car l'islam a parfois ses raisons que la raison ne connaît pas...
A force d'entendre dire que le bouddhisme n'est pas une religion, on pouvait croire son clergé à l'abri des tentations intégristes, voire totalitaires. Et pourtant, rien n'est moins sûr.
En effet, selon une dépêche AFP du 11 juin 2007, "des milliers de moines bouddhistes ont bloqué lundi une avenue du centre de Bangkok en demandant que le bouddhisme soit déclaré religion nationale en Thaïlande dans la future constitution, a indiqué la police".
"Environ 3.000 moines vêtus de leurs robes couleur safran et 1.200 de leurs partisans se sont réunis devant le parlement thaïlandais. 250 policiers surveillaient la manifestation, qui a duré pendant la plus grande partie de la journée. Les moines ont tenté d'entrer dans le parlement, mais la police a réussi à les convaincre de rester à l'extérieur, a déclaré un responsable de la police, le général Manit Wongsomboon."
Le bouddhisme est donc une religion comme les autres. Leur clergé n'a rien à envier à leur confrères chrétiens ou musulmans; en réalité, cette démarche s'inscrit dans un contexte bien particulier, le sud de la Thaïlande connaissant depuis quelques années de tensions importantes avec des séparatistes musulmans. Ces moines espèrent, par la mention du bouddhisme comme religion nationale, préserver l'intégrité de la Thaïlande. Or, on ne lutte pas contre l'intégrisme musulman en se crispant sur son identité notamment religieuse.
Et puis quitte à changer de constitution, pourquoi ne pas adopter la laïcité...
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