(Source Respublica)
C'est aujourd'hui que s'est achevé le procès intenté contre Charlie Hebdo par la Grande Mosquée de Paris, l'UOIF et ... la Ligue Islamique Mondiale financée par les wahhabites saoudiens; tout ce beau monde étant défendu par l'avocat de Chirac.
Pour justifier leur tentative de réhabitation du délit de blasphème, ils se sont appuyés sur la loi de presse du 19 juillet 1881 qui sanctionne notamment "l'injure publique commise envers une personne ou un groupe de personne , à raison de (…) leur appartenance à (…) une religion (…)". Comme si l'UOIF, Dalil Boubakeur pouvaient représenter tous les musulmans du monde! En somme, caricaturer la religion musulmane et son prophète s'apparenterait à une aggression raciste (voir l'article de Libération, édition du 3 février 2007).
Et pourtant, malgré les pressions, notamment de l'Elysée, la justice a tenu bon, le parquet n'ayant pas requis de condamnation contre Charlie Hebdo. Pour le ministère public, ces caricatures visaient d'abord les intégristes musulmans et non les musulmans dans leur ensemble, quoiqu'il est étonnant que certains musulmans dit "modérés" se soient senti visés... (Voir l'édition du Monde du 8 février 2007). La représentante du parquet a estimé que " Ce qui est en évidence dans ces caricatures, ce n'est pas l'obscurantisme supposé de la religion musulmane, son prosélytisme ou encore ses défauts, c'est la dénonciation de l'utilisation qu'en font les terroristes qui prétendent agir en son nom" (...) ce qui est dénoncé, c'est le dogme de l'islam quand il est dévoyé à des fins fanatiques ou extrémistes".
Selon le journaliste Mohamed Sifaoui appelé comme témoin dans cette affaire, ce sont les fondamentalistes musulmans et non les journaux occidentaux qui avaient commencé à associer islam et violence dans leurs représentations; il a ainsi pris pour exemple le drapeau de l'Arabie saoudite, qui associe la phrase "il n'est de Dieu que Dieu et Mahomet est son prophète", pilier de l'islam, avec un sabre".
Je ne reviendrai pas sur le contenu des débats, sauf pour ajouter que les parties civiles se sont completement ridiculisées. Ne serait-ce que l'avocat de l'UOIF qui reprochait à Philippe Val de "toucher au premier pilier de l'Islam". Comme si les non-musulmans étaient concernés par ses piliers! (Le Monde, 8 février 2007, Au procès de Charlie Hebdo, tension, fureur et fous rire). En réalité, c'est tout le problème.
Cette demande de relaxe n'est au final pas si étonnante, dans la mesure où, entre le liberté d'expression et blasphème, la Cour de cassation a déjà tranché avec un arrêt du 17 novembre 2006. L'affaire concernait la fameuse campagne de publicité pour une marque de prêt à porter féminin; celle-ci s'était approprié le fameux tableau de la Cène de Léonard de Vinci, à ceci près qu'il était entièrement féminisé, ce qui avait provoqué l'indignation des évêques français. J'avoue ne pas avoir compris. Vieux réflexe patriarcal catholique? Le Da Vinci Code est depuis passé par là.

La Conférence des Evêques de France, par le biais de l'association "croyance et liberté" (ah ah!!) avait obtenu en référé la suspension de cette campagne de publicité par la Cour d'appel de Montpellier car "cette affiche, dont la recherche esthétique n’était pas contestée, reproduisait à l’évidence la Cène de Jésus-Christ..., que cet événement fondateur du christianisme, lors duquel Jésus-Christ institua le sacrement de l’Eucharistie, faisait incontestablement partie des éléments essentiels de la foi catholique ; que dès lors l’installation de l’affiche litigieuse sous la forme d’une bâche géante sur le passage d’un très grand nombre de personnes, constituait l’utilisation dévoyée, à grande échelle, d’un des principaux symboles de la religion catholique, à des fins publicitaires et commerciales en sorte que l’association Croyances et libertés était bien fondée à soutenir qu’il était fait gravement injure, au sens des articles 29, alinéa 2, et 33, alinéa 3, de la loi susvisée aux sentiments religieux et à la foi des catholiques et que cette représentation outrageante d’un thème sacré détourné par une publicité commerciale leur causait ainsi un trouble manifestement illicite qu’il importait de faire cesser par la mesure sollicitée . (Source: le blog d'Eolas, Journal d'un avocat). Notez que l'UOIF et toute la clique islamiste s'appuyaient sur ce même fondement.
Heureusement, la Cour de cassation a censuré la Cour d'appel en énonçant sur le fondement de ces deux textes ainsi que sur l'article 10 de la Convention européenne des droits de l'homme consacrant la liberté d'expression (qui a dit que l'Europe était inutile) qu'" en retenant ainsi l’existence d’un trouble manifestement illicite, quand la seule parodie de la forme donnée à la représentation de la Cène qui n’avait pas pour objectif d’outrager les fidèles de confession catholique, ni de les atteindre dans leur considération en raison de leur obédience, ne constitue pas l’injure, attaque personnelle et directe dirigée contre un groupe de personnes en raison de leur appartenance religieuse, la cour d’appel a violé les textes susvisés". Vous pouvez constater que la Cour de cassation fait bien le distinguo entre attaquer ou injurier quelqu'un en raison de son appartenance à la religion (jeter des pierres ou des insultes à un catholique ou un musulman ) et selon la formule de Maître Eolas, "paradier un symbole religieux ou un moment fondateur de cette religion".
La loi protège les individus et non les dogmes qui peuvent être librement critiqués, détournés, voire parodiés sans que les croyants puissent y voir une insulte à leur personne. Dans le cas contraire, les athées seraient tout simplement hors la loi! Car comme le souligne Philippe Val, "critiquer les religions, c'est le principe même de la démocratie", surtout lorqu'elle prend la forme d'un république laïque (voir l'interview dans l'édition du 7 février 2007 du quotidien Libération)
On peut donc en déduire que l'action menée par Dalil Boubakeur et l'UOIF ne risque pas de connaître un franc succès ... sauf l'hypothèse de pressions politiques. Mais côté politiques, on peut dire qu'ils ne se sont pas faits prier pour soutenir Charlie Hebdo: les deux François, Bayrou et Hollande, et jusqu'à ... Marine le Pen. Les temps changent.
Le candidat Sarkozy, pourtant largement caricaturé par Charlie Hebdo, n'a pas hésité à lui apporter son soutien (écrit) au point de "trahir" son ami Dalil (Libération, 7 février 2007, l'Islam officiel se sont trahi par Sarkozy). A croire que la rivalité Chirac-Sarkozy peut avoir du bon. Il faut dire que sur ce point, le second a beaucoup à se faire pardonner. Le Recteur de la Mosquée de Paris, qui est allé jusqu'à convoquer une réunion de crise, aurait même menacé d'une démission. Dommage.
LE MONDE | 08.02.07
Voyez l'édito du Monde, un procès d'un autre âge ou encore Libération, "nous soutenons "Charlie Hebdo".
Rendez vous pris le 15 mars prochain pour savoir si Charlie Hebdo sera ou non relaxé (je rappelle que ce délit d'injure stigmatisant un groupe de personne à raison de sa religion est tout de même passible passible de 6 mois de prison et de 22 500 Euros d'amende).
Quant à Dalil Boubakeur, son avenir de représentant de l'Islam modéré est largement compromis; il n'aurait jamais s'accoquiner avec l'UOIF et la Ligue Islamique mondiale.
Voir: En direct du procès contre Charlie Hebdo, par Hélène Keller-Hind, sur le site Résilience TV.
ajouter un commentaire commentaires (2) créer un trackback recommander













Commentaires