Lu dans la Croix du 19 juin 2006: La liberté religieuse discutée au Vatican
La progression du christianisme et notamment du catholicisme dans les pays dits émergents suscite des tensions à tel point que l'ONU a dépêché au Vatican son rapporteur spécial pour la liberté de religion, Mme Asma Jahangir. L'ONU garantit dans la Déclaration Universelles des droits de l'homme de 1948 la liberté de religion:
Article 18 de la Déclaration Universelle des Droits de l'homme: Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ; ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction seule ou en commun, tant en public qu'en privé, par l'enseignement, les pratiques, le culte et l'accomplissement des rites.
Article 19 de la Déclaration Universelle des Droits de l'homme: Tout individu a droit à la liberté d'opinion et d'expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d'expression que ce soit.
A noter que cette Déclaration Universelle vise également la liberté de conscience, ce qui devrait donc englober l'athéisme et l'agnostisme, et il est vrai que la nomination d'un rapporteur spécial pour la liberté de conscience ne serait pas de trop; mes derniers articles peuvent en témoigner.
L'ONU s'inquiète ainsi des problèmes liées à la coexistence des religions dans des pays dont l'histoire ou la tradition n'a guère favorisé la pluralité religieuse (je ne parle même pas de l'athéisme!!). C'est notamment le cas en Asie du Sud-Est où dans certains pays, le nombre de conversion au christianisme ne cesse d'augmenter depuis plusieurs années, ce qui n'est pas sans provoquer certaines tensions. Sont essentiellement en cause les méthodes de "propagation de la religion" pour reprendre l'expression utilisée par Mme Jahangir qu'elle prefère au terme de "prosélystisme".
Pourtant, ce terme de prosélytisme n'est pas exagéré si l'on juge par le comportement scandaleux de certaines organisations religieuses pour qui le tsunami de décembre 2005 a été une véritable"bénédiction". Certains groupes évangéliques sous couvert d'aide humanitaire n'ont pas hésité à engager parmi les populations locales une campagne de christianisation digne de l'époque des missionnaires; en somme, pour reprendre la Bible, "tu ne mangeras pas si tu ne pries pas".
Ce problème concerne toutes les religions; les catholiques ne sont pas en reste non plus. De leur côté, les intégristes musulmans ont aussi profité de l'"aubaine du Tsunami" pour mener campagne n'hésitant pas à interpréter cette catastrophe comme la manifestation d'une saine colère divine contre tous ces mauvais musulmans qui se seraient écartés du droit chemin.
On le voit, la concurrence fait rage entre les religions; c'est aussi un effet de la mondialisation.
De manière générale, c'est le problème des méthodes de conversion qui est posé. Comme le soulignait Mme Jahangir, en matière de conversion religieuse, la frontière entre "propagation" et "obligation" peut être extrêmement ténue.
L'ONU a ainsi dépêché son rapporteur spécial au Vatican pour s'enquerir de la position officielle du Saint Siège sur cette épineuse question de la liberté de religion. La représente s'est dite "heureusement surprise par l'insistance de ses interlocuteurs sur la liberté religieuse, puisque "pour l'Eglise catholique, chaque individu a le droit de choisir sa religion, à condition que sa liberté soit respectée". Et à sa décharge, il est vrai que dans de nombreux pays, essentiellement musulmans, la conversion ou apostasie est considérée comme un crime passible de la peine de mort.
L'ONU aurait donc des raisons de se montrer optimiste. Et pourtant, si l'on parcourt attentivement l'article de La Croix, rien n'est moins sûr. Celui-ci rapporte les propos tenus par Mgr Machado, sous-secrétaire du Conseil Pontifical pour le dialogue interreligieux, à l'occasion d'une réunion organisée en mai dernier avec le Conseil oecuménique des Eglises; au programme de cette réunion, la rédaction d'une "charte de bonne conduite" des conversions. On croit rêver!
Selon Mgr Machado, l'Eglise entend propager la foi en respectant la liberté humaine et en préservant la dignité de chaque homme", mais d'un autre côté, ajoute-il, "il est de notre devoir, comme chrétiens, d'inviter chacun à devenir disciple de Jesus, unique sauveur de tous".
Problème: Comment concilier le respect de la liberté humaine avec le devoir de propager la "bonne nouvelle"... de la cruxifiction? Que faire des récalcitrants à cette "bonne nouvelle"? Il en va de même par l'Islam, d'autant que la conquête des âmes s'est d'abord faite par les armes.
Par contre, lorsqu'il s'agit de lutter contre l'athéisme ou de persécuter les non-croyants, c'est l'Union sacrée!! Voyez le comportements des différentes autorités religieuses non-musulmanes lors de l'affaire des caricatures danoises. Le dialogue interreligieux a un bel avenir devant lui...
A mon sens, toute religion qui s'octroie une vocation universelle ne peut prétendre oeuvrer en faveur de la liberté de religion. La liberté religieuse est d'abord une conquête des Lumières, de même que son corrolaire, la liberté de conscience.
Même en France, dite patrie des droits de l'homme, j'entend parfois de liberté religieuse en lieu et place de la liberté de conscience. Parallèlement, la France se divise de plus en plus en chrétiens, musulmans ou juifs au point d'en oublier que celle-ci comprend au moins 40% d'athées.
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